Du rejet au harcèlement, voire à la violence physique chez les enfants et les adolescents.

 De plus en plus d’enfants et  d’adolescents se plaignent de la violence de leurs pairs.

Quand j’ai commencé à recevoir des patients, je recevais peu d’enfants et ceux-ci venaient rarement parce qu’ils étaient victimes de rejet de la part de leurs pairs.

La majorité de mes patients était des adultes et s’ils se plaignaient d’avoir été rejetés pendant leur enfance ou leur adolescence c’était de la part d’un membre de leur famille. Le père ou la mère et parfois les grands-parents.

Il s’agissait de violences verbales ou physiques, de préférence marquée pour un autre membre de la fratrie. Un enfant peut difficilement penser qu’il est aimé et donc qu’il est  » bien », « comme il faut  » dans une telle situation.

Les disputes entre les parents et l’alcoolisme font aussi douter les enfants de l’amour de leurs parents. S’ils les aimaient, ils ne leur feraient pas peur ainsi, ni honte.

Les enfants ont besoin d’ être aimés et donc de satisfaire leurs parents. D’abord parce que la survie est notre principale motivation et qu’ils savent , que non seulement, ils sont né de ce couple mais qu’ils ne survivent que grâce à leurs parents. C’est ce désir de satisfaire les parents qui fait que les gangsters font des petits gangsters.

Le problème surgit, quand l’enfant croit réellement que ce jugement négatif porté contre lui est vrai. Il perd sa confiance en lui-même. Il devient timide. Et il entreprend d’essayer de se corriger, de s’efforcer d’être mieux. 

Mais depuis quelques années, à partir de 2005 environ, parmi les enfants que je reçois, le nombre des cas de rejet par les pairs augmente régulièrement. Il ne faut être, ni trop gros, ni trop grand, ni trop petit, ni trop désargenté, ni d’un milieu trop aisé, ni porter des vêtements qui ne sont pas à la mode. Enfin, il faut être de préférence chahuteur et pas désireux d’apprendre ou le minimum. Parfois quand je vois une sortie de classe, je me dis, avec une certaine tristesse, voilà toutes les petites photocopies qui sortent. Ce n’est pas encore le politiquement correct qui sévit, mais déjà le socialement correct.

 Les classes deviennent un groupe d’enfants divisés. Il y a les dominants, qui font la loi. Puis on trouve les suiveurs, qui approuvent sans trop de conviction,  pour ne pas être rejetés. Et enfin, il y a les malheureux dominés et rejetés.

Et maintenant, commencent à apparaître des groupes où chacun est tantôt dominé, tantôt dominant. Une guerre larvaire de tous contre tous. 

Comme je ne trouve pas d’études sérieuses sur ce sujet en Belgique, je me réfère à des articles écrits sur la situation aux États-Unis.

 Cinquante % des enfants qui viennent aux urgences, pour quelque raison que ce soit, parlent de faits de violences psychologiques et physiques entre les pairs. Et la moitié d’entre eux soit 25 % présente des symptômes de stress post-traumatique. Plus les enfants sont exposés à la violence plus il pense que c’est normal. Et malheureusement plus ils pensent que la violence est normale et plus ils s’engagent dans des conduites agressives vis-à-vis des autres. Ce qui explique l’évolution de la structure des groupes que j’ai évoqués plus haut.(1)

Et plus les enfants et les adolescents subissent la violence et le harcèlement plus ils présentent aussi des symptômes dépressifs voir suicidaires. Et ceux-ci ne vont pas disparaître quand ils quitteront l’école. Les personnes qui ont été harcelées à l’école ou pendant leur enfance sont plus susceptibles d’avoir une santé physique et psychologique affaiblie. Ils garderont, toute leur vie, un risque plus élevé de faire des dépressions, de souffrir d’anxiété et de pensées suicidaires.(2)

Nous n’avons pas de raison de croire que nous n’avons pas les mêmes problèmes ici. On commence à entendre chez nous aussi parler de suicides d’adolescents. Mais cela se prépare à l’école et même à partir de très petites classes.

J’ai entendu plusieurs enfants me parler de harcèlement. Par exemple si tu ne joues pas avec moi aux jeux que je choisis, je ne jouerai plus avec toi. Ils me parlent aussi de violences, coup dans le ventre et étranglement.

Quand ils s’adressent à leurs professeurs ou à la direction de l’école, on leur conseille de ne pas aller près de ces enfants-la. D’abord, ceux-ci sont capables de se déplacer et de venir agresser. Et ne pas s’approcher, c’est aussi rester dans son coin. Ce qui donne le même sentiment d’être rejeté et de n’être pas « comme il faut, d’être bête ou pas intéressant. » Alors, il ne leur reste qu’une attitude possible, c’est de rentrer dans le cercle de la violence.

En passant, vous remarquerez que cela remet en question l’égalité des sexes à laquelle nous étions péniblement parvenus

Les enfants sont séparés très tôt de leur famille pour aller à la crèche, pour entrer à l’école maternelle et puis entamer le cercle de leurs études. Ils manquent donc de confiance en soi et il leur est difficile de se faire respecter. (3)

 Ils sont donc moins protégés et n’apprennent pas à gérer les conflits . Ils ne sont plus élevés. Dans de pareilles conditions, c’est aux adultes qui sont en contact avec ces enfants de faire régner la paix et le respect des autres.

Les conflits sont inévitables entre enfants, ils doivent apprendre à les gérer. Ils sont inévitables, parce que les enfants ont, plus encore que les adultes, difficiles à accepter la frustration, car ils n’en comprennent pas la nécessité.

Quand une mère de famille demande à ses enfants de venir se mettre à table et donc de laisser leur activité, c’est très frustrant pour eux. Mais par respect pour leur mère, qui a fait le souper, ils doivent venir le consommer, sans le laisser refroidir et donc perdre la qualité de ce qu’elle a préparé. Il leur est beaucoup plus difficile qu’à un adulte d’arrêter une activité qui leur plaît, car ils ont du mal à différer leur satisfaction. Un bonbon après le repas ne calme pas le désir qu’on a de ce bonbon maintenant. Et comme les enfants ont des désirs contradictoires, leurs activités en commun sont très frustrantes, pour chacun d’entre eux.

 Et ce qu’ils apprenaient, avant en famille et aussi à l’école, la gestion des conflits et des frustrations doit s’apprendre aujourd’hui , davantage à l’école. Parce que pour un petit enfant ou pour un jeune adolescent, c’est un apprentissage de chaque instant.(4)

Il existe aux États-Unis des programmes pour diminuer la violence enfantine, ce qui améliore le comportement des étudiants, mais aussi leurs performances scolaires. Et qui permet d’espérer que toute cette violence n’aura pas des répercussions sur la santé et le bonheur des adultes futures. (5)

Des techniques de gestion des conflits et donc de la violence existent. Il y a même, chez nous, en Belgique, au moins une institution, l’Université de la Paix à Namur, où on enseigne « La communication non violente » mise au point par Rosenberg, qui est très efficace et que les enfants apprennent avec plaisir.

Il suffit de mettre « « Communication non violente » dans Google et on trouve des explications, des références de livres et des lieux d’apprentissage !

 

(1)  Lifespan. « 50 percent of teens visiting emergency department report peer violence, cyberbullying: Research highlights need for improved screenings, early treatment of PTSD. » ScienceDaily. ScienceDaily, 18 February 2016. <www.sciencedaily.com/releases/2016/02/160218133515.htm>.

(2)   L. Bowes, C. Joinson, D. Wolke, G. Lewis. Peer victimisation during adolescence and its impact on depression in early adulthood: prospective cohort study in the United Kingdom. BMJ, 2015; 350 (jun02 2): h2469 DOI: 10.1136/bmj.h2469 <www.sciencedaily.com/releases/2015/06/150602200506.htm>.

(3) Le développement et l’individualisation de l’enfant reposent sur un solide attachement sécurisant et une exploration du monde extérieur. Ce n’est que quand les besoins de proximité avec une personne qui le sécurise sont satisfaits, qu’il peut s’aventurer vers ce qu’il ne connaît pas. http://www.vers-plus-de-bonheur.com/wp-admin/post.php?post=1372&action=edit

(4)  Laissez-vous toucher par une perception empathique de l’attachement!  http://www.vers-plus-de-bonheur.com/laissez-vous-toucher-par-une-perception-empathique-de-lattachement/

(5) Baylor University. « ‘Violence-free’ zones improve behavior, performance in middle, high school students. » ScienceDaily. ScienceDaily, 23 March 2015. <www.sciencedaily.com/releases/2015/03/150323111642.htm>.

 

 

 

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