L’intelligence, 1ière partie : La capacité d’apprendre.

La capacité d’apprendre.

Beaucoup de mes patients se trouvent: « nuls », « stupides », « incapables », « incompétents », et même « bons à rien et mauvais à tout ». Comme c’est toujours faux et qu’ils sont victimes d’un préjugé inconscient à propos d’eux-mêmes.  J’ai décidé d’écrire sur l’intelligence et la capacité d’apprendre.

Notez bien, qu’aujourd’hui, un tel préjugé se soigne et peut être remplacé par un point de vue plus objectif. 

L’intelligence, la capacité d’apprendre est apparue bien avant les êtres humains. L’évolution équipe les animaux d’un répertoire plus ou moins vaste de moyens de diminuer les risques et d’accroître le bien-être. Si ceux-ci sont seulement réflexes et instinctifs, ils laissent l’animal vulnérable aux changements d’environnement auxquelles il n’est pas adapté. Dans un stade supérieur, l’animal peut posséder des capacités d’apprentissage.

Acquérir des connaissances et développer de l’expertise sont des stratégies de survie. La capacité de réduire l’incertitude en convertissant l’étrange en connaissance est un extraordinaire avantage évolutif. Connaître c’est enregistrer des modèles utiles dans la réalité, pour les employer comme guident d’actions futures. Courir et grimper dans un arbre ou s’envoler pour échapper à un prédateur est un modèle, un scénario utile.

Apprendre, c’est enregistrer des modèles. J’ai toujours eu beaucoup de chats souvent plusieurs en même temps. L’un d’entre eux, un Burmèse bleu, avait mis au point deux comportements qui accroissaient son bien-être Il avait découvert comment ouvrir une porte en la tirant vers lui. Il sautait sur la clinche et propulsait ses pattes arrière sur le chambranle. Il arrivait ainsi à, au moins, l’entrebâiller, il ne lui restait plus, retourné au sol, qu’à glisser une patte, puis le museau et puis son corps tout entier de l’autre côté. Pour laisser circuler les chats librement, entre la maison et le jardin, il y a une chatière, celle-ci est sophistiquée, ce qui permet de la bloquer dans l’un ou l’autre sens. S’il pleut beaucoup, je bloque la sortie afin qu’ils ne rentrent pas trempés, se secouer à l’intérieur. Si l’un ou l’autre est dehors, il peut entrer, mais ceux qui sont dedans et secs ne peuvent pas sortir. Le clapet ne peut pas basculer vers l’extérieur, mais il garde sa mobilité vers l’intérieur. Mon beau Burmèse a vite compris qu’il pouvait glisser ses griffes sous le bord du clapet, l’attirer vers l’intérieur et passer dessous et ainsi sortir à sa guise.

On peut avoir un répertoire de « qu’est-ce qui se passe avant » et après une série d’essais et d’erreurs découvrir un comportement favorable et se bâtir un répertoire complémentaire de « ce que je fais après et qui a du succès et restaure ma confiance en moi ». Enregistrer ces modèles et coordonner les réponses appropriées, c’est ce que sait faire un système nerveux sophistiqué, le cerveau.

De la même manière un enfant peut apprendre. Un bébé, a l’âge de commencer à ramper, a été déposé sur un canapé bas, bien calé par des coussins. Quelque chose l’attire, il bouge pour essayer de se déplacer et roule en bas du canapé. Il est effrayé et s’est fait un peu mal. Il pleure. Sa mère se précipite, le ramasse, le sert dans ses bras, l’embrasse, le réconforte. Sa peur se calme et il se sent vraiment mieux. Il y a une solution à son malaise qui restaure sa confiance en lui. Il peut donc enregistrer un « ce qui se passe avant » et un « ce que je fais après et qui a un résultat favorable »

L’étape suivante de l’évolution, c’est la curiosité. La récolte d’informations et d’expériences sans but immédiat, sans effort, une sorte de quête baguenaudante. C’est une capacité d’apprendre par osmose, inconsciemment. C’est une intelligence première dans le temps et qui continue toute la vie. Apprendre par osmose.

Quand vous vous promenez en rue ou sur un marché et que vous rencontrez une amie ou une connaissance, vous vous arrêtez pour la saluer. Après vous être embrassées ou simplement serrer la main, vous vous mettez à une certaine distance, vous ne mettez pas votre nez à dix centimètres du sien, ni à un mètre , et vous échangerez quelques mots ou commencerez un assez long bavardage. Comment connaissez-vous la bonne distance ? Vous ne sauriez pas dire en centimètres quelle est cette bonne distance. Mais vous adoptez une position qui n’est ni trop près ni trop loin et qui semble convenir à l’autre personne et qui est donc la « bonne place ». Dans les rencontres internationales, on se rend compte qu’elle peut varier. Cette distance est un peu plus grande chez les Anglais et plus courte chez les Italiens. Elle n’est pas instinctive, mais culturelle.

Et si l’amie que vous avez rencontrée vous présente son enfant et qu’il s’agit d’une petite fille de deux ans et demi ou trois ans. Vous pourriez la soulever du sol, pour mettre ses yeux à la hauteur des vôtres et vous échangerez quelques mots avec elle avant de la déposer. Votre manière de faire sera toute différente s’il s’agit d’une fillette de 12 ans, vous pourriez la questionner sur ses études ou sur le sport qu’elle pratique. Vous agirez encore différemment s’il s’agit d’une jeune fille de 19 ans. Et dans toutes ces situations vos comportements seront encore différents il s’agit de garçons. Votre attitude sera différente, également, si la personne que vous rencontrez est la caissière du supermarché où vous allez régulièrement ou s’il s’agit du directeur de l’entreprise où vous travaillez. Et ce que vous ferez sera très probablement ce que la personne attend.

Mais où avez-vous donc appris tout cela ? Car si l’on y pense, on se rend compte que l’ensemble de ces connaissances, que nous appliquons quotidiennement, sans nous en apercevoir, remplirait facilement un livre aussi gros que le Code civil. Nous ne savons pas où nous avons appris cela, nous ne nous souvenons pas même de l’avoir appris. Mais nous le savons. Nous l’avons appris par osmose, inconsciemment. Nous l’avons appris par toutes ces informations que nous percevons sans y faire attention.

Bien avant l’écriture, et bien avant la manière actuelle d’apprendre à l’école, les hommes ont appris et inventé. Depuis les premières pierres taillées, en passant par les pyramides, les ponts, les aqueducs, les êtres humains ont appris en regardant d’autres humains faire. Depuis le premier travail des métaux, les forgerons ont appris en regardant, le plus souvent, leur père. Nous avons dans notre cerveau des neurones, qui quand nous voyons les gestes des modèles que nous observons, s’activent, comme ils s’activeraient pour mouvoir nos propres membres. Ce sont les neurones « miroir ». Comme si nous faisions une répétition avant d’agir.  Et pendant des générations nous avons appris ainsi à faire. Et les filles, ont appris à entretenir un logement, laver les vêtements, à faire la cuisine, à soigner de petits animaux domestiques, poules ou petits cochons. Entretenir un logement et du linge, quand il n’y a ni aspirateur ni lessiveuse et faire la cuisine quand il faut allumer le feu de bois et pour chaque plat partir des aliments bruts le légume, le blé, le poulet est un travail qui remplit bien la journée. Les hommes avaient besoin des femmes pour cela, car quand ils rentraient, exténués par leurs tâches, il fallait que le souper soit prêt. Au Moyen Âge, les hommes veufs se remarient car il faut une femme à la maison pour la cuisine et les enfants. Et les hommes d’église avaient une servante, pour éviter les tentations, celle-ci devait avoir l’âge canonique à savoir 40 ans.

Nous apprenons inconsciemment », ceci mérite bien un instant de réflexion.

À chaque instant, notre cerveau est bombardé d’informations. Tous nos sens à chaque instant récoltent des informations et viennent s’ajouter à cela, les perceptions que nous avons de notre corps. Quand nous nous déplaçons, si nous n’étions pas informés par ces perceptions corporelles nous ne pourrions pas garder notre équilibre. Notre cerveau est donc bien bombardé d’informations très nombreuses. Mais notre attention n’est pas suffisamment vaste pour prendre conscience de toutes ces informations. Nous agissons : nous respirons, nous faisons battre notre cœur, nous digérons, produisons de l’acide dans notre estomac, notre foi secrète de la bile, nous assurons une humidité suffisante sous nos paupières, dans notre bouche, dans notre nez, nous ajusterons à chaque instant notre corps pour ne pas tomber, nous contractons nos muscles puis les relachons nous pouvons ainsi à cette liste ajouter encore une multitude d’autres activités.

Nous ne pouvons pas prêter attention à tant d’activités en même temps ! Et, nous faisons tout cela, sans nous en apercevoir, sans y faire attention, sans en avoir conscience. Notre cerveau réalise beaucoup d’activités qui échappent à notre attention, sans en être conscient, soit « inconsciemment ». Il fait , évidemment, d’autre activités, faire à manger, rassembler ses affaires pour aller au travail etc. avec attention, « consciemment ».

La frontière entre le conscient et l’inconscient est fluctuante. Quand nous avons appris à conduire, nous étions hyper attentifs à ce qui se passait autour de nous et aux mouvements que nous devions exécuter. Nous apprenions très consciemment. Mais après un certain temps, nous avons commencé à conduire sans y penser, en écoutant les informations ou de la musique, en bavardant avec un passager, en pensant à l’organisation de la soirée ou aux courses qu’il faut faire. Nous pouvons conduire très bien ainsi, inconsciemment. Mais si les feux arrières des voitures qui sont devant nous passent au rouge, notre attention revient immédiatement à la conduite. Et nous reprenons consciemment la direction de notre véhicule.

Il est temps, me semble-t-il de mettre l’inconscient de l’honorable papa Freud, avec Jupiter et Neptune, au musée des vieilles croyances !

 

Cet article repose sur des découvertes et des livres de Guy Claxton, particulièrement de « Hare Brain Tortoise Mind, Why Intelligence Increases When you think Less ». Il a fait ses études à Cambridge et à Oxford. Il est persuadé que l’important aujourd’hui, c’est de former les élèves à apprendre pendant toute leur vie. Il s’exprime sur ce sujet dans « Wise Up : The Challenge of Life Long Learning ». Actuellement, il est Emeritus Professor of the Learning Sciences, University of Winchester et  Visiting Professor of Education, King’s College London.
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