L’intelligence, 2ième partie. Nous découvrons le vrai et cela nous permet de fabriquer de multiples objets efficaces. Mais nous cherchons le Juste et le Bien sans grande réussite.

Notre esprit travaille à différentes vitesses

Les réactions réflexes.

 Il doit travailler plus vite que la pensée par exemple dans les réactions réflexes. Un geste rapide pour éviter une collision de voiture. Un déplacement vif pour s’écarter de la trajectoire d’un projectile ou pour rattraper un objet qui chute. C’est inconscient. Ce n’est qu’après que nous saisissons ce qui s’est passé. 

    
Le mode délibératoire conscient.

Il s’agit d’un mode logique. Ce domaine est à familier beaucoup d’entre-nous. Nous nous y sommes frottés, avec plus ou moins de bonheur, à l’école, pendant les cours de mathématiques et de sciences. Vous vous rappelez sans doute des démonstrations et des expériences.

 La science fait des hypothèses qui rendent compte du réel. Elles portent des jugements vrais sur la réalité, ce qui nous permet de construire des ponts, des immeubles, des ordinateurs, des chaudières, et encore bien d’autres objets utiles. Mais, une hypothèse peut devenir insatisfaisante, quand un objet nouveau, une réalité inattendue n’est pas expliqués par l’hypothèse.

Ainsi, la NASA a publié, récemment, fin septembre, qu’il y avait de l’eau liquide sur Mars, ce qui change l’idée qu’on s’est fait de cette planète, sur la base de nos hypothèses actuelles. Qu’est-ce que cela change ?

Dans un tel cas, il faut réexaminer l’hypothèse, la changer plus ou moins profondément. C’est ce qui a amené Einstein à découvrir que les trajectoires des corps célestes étaient des ellipses et non des cercles. Quand on propose ainsi une nouvelle hypothèse, il faut prouver qu’elle rend compte de tous les phénomènes que l’hypothèse qu’on abolit expliquait, tout en intégrant le nouveau phénomène. Jusqu’ici, la nouvelle hypothèse d’Einstein joue ce rôle.

Est-ce que la présence d’eau liquide sur Mars entrainera des changements et de quelle importance ? C’est trop tôt pour le dire.

Le mode délibératoire est très fécond, mais il a des limites.

La première de ces limites c’est qu’il ne porte que sur le vrai, le mode déliberatoire produit des jugements vrais. Emmanuelle Kant a très justement expliqué qu’il y a quatre types de jugement.

Outre ceux qui portent sur le Vrai et qui peuvent faire l’objet d’une démonstration « parfois très complexes ». Les hommes expriment des jugements, des affirmations qui portent sur le Juste, mais qui sont indémontrables ou qui portent sur le Bien qui sont tout aussi indémontrables. Et, enfin il y a les jugements qui se prononcent sur le Beau. Il est clair que les hommes ont du mal à s’entendre sur ces points, car ils sont indémontrables.

La difficulté à s’accorder sur le juste a engendré les lois, les tribunaux et les gendarmes. Des querelles politiques, des guerres et des atrocités, sont nées de la diversité des interprétations de la nature du bien. Parmi ces atrocités, il faut compter la volonté de détruire un peuple, au début du siècle passé, les Arméniens ont été pourchassés, puis on a entrepris l’extermination de juifs, et beaucoup plus récemment ,ce sont les Kurdes et les Tutsis. Et la liste s’allonge…

Il y a 2500 ans, Aristote dit : « On n’est pas plus ou moins humain ». Depuis la biologie lui donne raison. Mais, il semble que nous ayons du mal à comprendre ! Il n’y a pas d’être humain qui serait inférieur à un autre. Et lutter pour défendre ce point de vue est une question de courage.

Le beau est moins mortifère, mais les artistes, qui proposent leur interprétation de la beauté, sont dans une incertitude angoissante. Une de leurs œuvres peut soulever un enthousiasme grandiose et recevoir des prix. Cela ne garantit, d’aucune manière, que l’ouvrage suivant connaîtra le succès.

On ne se bat pas pour les jugements vrais, ils s’imposent par le raisonnement et la démonstration. Si un pont permet de faire passer, dans de lourds camions des tonnes de marchandises d’une rive sur l’autre, sans s’effondrer, la valeur de la théorie qui soutient sa construction est valide. Elle n’engendre pas de batailles et l’ingénieur est moins sujet aux doutes que l’artiste

L’esprit a un registre plus lent, rêveur, méditatif, contemplatif.

Le juste et le bien posent aux hommes des questions qui réclament une autre approche.

Ce troisième mode est associé à la créativité, à la sagesse. C’est le mode du philosophe, du poète, de l’artiste, du psychothérapeute. Ce mode convient aux situations embrouillées mystérieuses où l’induction est débordée par la complexité de l’objet et le nombre des variables qui l’affectent. Dans ce mode l’esprit humain peut accomplir des tâches intellectuelles nombreuses et importantes. Si on lui laisse le temps, le temps d’apprendre des modèles complexes et subtils que la conscience ne saisit pas immédiatement, le temps de comprendre des situations qui sont trop intriquées les unes dans les autres pour une analyse rapide.

Prenons l’exemple du corps humain, il me semble que pendant longtemps nous ne l’avons pas envisagé dans sa globalité, mais plutôt comme un complexe de pièces détachées. La pneumonie, la rage, le choléra ont chacun leur antibiotique spécifique. Le système digestif, le système respiratoire, le système cardiaque…ont chacun leurs spécialistes. Nous faisons des analyses de toutes sortes et nous vérifions si nous avons, dans notre sang, ce que l’humain moyen, en moyenne santé, (et non pas optimale) présente comme composants et à quel taux et s’il y a des manques par rapport à cette moyenne, on compense.

 Je précise que j’apprécie la médecine occidentale et quand j’entends des critiques, je fais remarquer que c’est dans les endroits où vivent ceux qui ont la chance d’en bénéficier que la durée de vie s’allonge régulièrement.

Mais il me semble qu’on commence seulement à découvrir combien la santé dépend de ce qu’on mange, de ce qu’on respire, du climat, de notre perception du monde extérieur. Et notre corps devient ainsi un objet plus complexe. Et nous commençons à découvrir que notre santé dépend aussi d’une multitude de variétés de micro-organismes qui nous sont plus ou moins favorables, qui couvrent notre corps, qui vivent en lui (principalement dans nos intestins) et nous aident à accomplir un ensemble d’opérations utiles à notre survie. Nous sommes habités par une multitude de micros organismes plus nombreux que les cellules de notre corps et dont l’ensemble de l’ADN est plus complexe que notre propre ADN. Notre santé dépend aussi d’un équilibre entre nous et cette flore.

Nous commençons à découvrir que notre corps, notre planète, l’économie mondiale si elle veut générer de plus en  plus de justice, sont des objets beaucoup plus complexes que nous ne l’avons envisagé jusqu’ici

Nous avons imaginé, un moment que fabriquer du fioul à partir de végétaux était une bonne idée, et dans certaines régions, on a planté des cannes à sucre à cet effet. Mais la quantité de terres arables employées à fournir des produits alimentaires a ainsi été diminuée, ce qui a entraîné une pénurie et une augmentation des prix des vivres. Ce qui a créé des famines qui ont pesé, au début des années 2010, dans les révoltes qui ont agité les pays du Moyen-Orient et entraîné des bouleversements politiques dramatiques. Peut-être vous souvenez-vous. La révolution a démarré, le 17 décembre 2010, en Tunisie, quand, peut-être, désespéré par son dénuement, Mohammad Bouazizi s’est immolé.

 La complexité de ces trois objets, notre santé, la planète et l’économie mondiale réclame mieux que des raisonnements précipités, simplistes et inappropriés.  Il faut une analyse vaste, minutieuse, entreprise par des spécialistes et partagée avec le plus vaste public possible. Il nous faut un vaste débat international sérieux et démocratique,  faisant appel à toutes les intelligences possibles, et pas à toutes les vanités. Autrement dit, il faudrait une véritable Organisation des Nations Unies.

L’exécution des décisions devrait se donner le droit de faire marche arrière si l’expérience n’est pas satisfaisante. Mais nous sommes loin du compte.

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