L’intelligence 3ième partie: L’intelligence véritable n’est pas la connaissance, mais l’imagination.

 Il y a quelques mois j’ai lu : «True Intelligence is not Knowledge but Imagination» et cette phrase m’a paru si évidente qu’enthousiasmée, je l’ai envoyée à un ami. Lui, trouvait que l’intelligence véritable était plutôt le questionnement et la curiosité, mais pas l’imagination.

Mais, l’imagination me paraît vraiment le cœur même de l’intelligence, le moteur de la construction du savoir et de la création des objets, que ceux-ci soient matériels comme les voitures et les ponts où qu’ils soient spirituels comme les dieux, les systèmes politiques, les organisations sociales, la justice, le bien ou le beau.

Si on retourne à mon chat qui ouvre les portes, on peut imaginer qu’après avoir plusieurs fois observé les habitants de la maison ouvrant la porte, il a dû penser qu’un lien existait entre le mouvement de la clinche et l’ouverture de la porte.  Il a dû se représenter, comment lui, avec son humble corps de chat, pouvait réaliser ce que nous faisions pour ouvrir la porte.                                               

Les hommes essayent de s’expliquer le monde, le réel probablement depuis qu’ils sont sapiens sapiens.

Les Égyptiens ont imaginé que le soleil était un dieu. Quand il se levait, il éclairait le monde. Après avoir fait un long circuit dans le ciel il se couchait et la lumière disparaissait. Cette théorie n’est pas très explicative, mais elle a l’avantage de donner aux hommes un certain pouvoir sur leur destin. Ils espèrent en honorant ce Dieu obtenir qu’il continue à éclairer l’Égypte.

Le désir de maîtriser son destin est un facteur important, essentiel, dans la recherche de la connaissance. Cela nous anime encore aujourd’hui, la recherche en médecine, par exemple, vise à allonger la vie et à en améliorer les qualités. Plus tard, les Grecs ont imaginé que la terre était ronde, qu’elle était au centre du monde et que les astres étaient insérés dans différentes couches de cieux translucides qui tournaient autour d’elle. Ce modèle expliquait mieux les observations que les hommes avaient pu faire grâce aux premiers éléments de géométrie et de mathématiques. Et aussi grâce à une meilleure connaissance géographique du bassin méditerranéen.

L’imagination à une très grande part dans ces modèles que les hommes produisent pour rendre compte du réel. Mais, plus la connaissance s’enrichit et plus l’imagination doit produire des modèles complexes capables d’intégrer les observations nouvelles. L’imagination, aujourd’hui, à une grande part dans la création de l’hypothèse. C’est le cas en particulier, quand Einstein, face à l’incapacité de l’hypothèse reconnue, à rendre compte du réel qu’il met à jour, imagine que la trajectoire des astres est une ellipse et pas un cercle. Évidemment, aujourd’hui, pour qu’une hypothèse soit acceptée et considérée comme plus valable que la précédente, il faut des preuves. Einstein a donc dû trouver un jugement, qui s’il était faux anéantirait la valeur de sa nouvelle théorie.

L’imagination n’a pas seulement sa place en science et dans la recherche du vrai. Elle a aussi une place, plus importante peut-être, dans la recherche du juste et du bien dont les objectifs sont la qualité de la vie humaine, la paix dans les sociétés et dans le monde. Dans ces domaines, la réalité nous offre peu de modèles. Seules les sociétés animales, qui ont su survivre longtemps ont des modèles qui pourraient nous aspirer. C’est l’avis, de Franz De Waal .

Depuis la plus haute antiquité, les hommes ont cherché des lois pour organiser leur société. Le Code d’Hammurabi, vieux de 3800 ans est un recueil de règles pour la vie quotidienne. Les organisateurs de la cité grecque inventent la démocratie et enfin, l’Empire romain arrive à réunir de larges populations, très diverses, paisiblement sous sa tutelle, « la Pax Romana ».

Un pont qui tient, un bateau qui flotte, un tank qui avance au milieu de la mitraille, ont le pouvoir de convaincre, par leur réalité de l’exactitude du savoir sur lequel ils reposent. En outre, ils ne constituent pas des obstacles pour les humains les plus cupides. À côté de ces réalisations, les modèles de société juste, équitable et pacifique sont fragiles. Elles succombent souvent sous à la double pression de la cupidité et du goût du pouvoir d’une part et de la paresse et de l’ignorance de ceux soumis au pouvoir. La justice est un combat sans fin.

L’imagination nous aide à survivre. Dans la grande plaine africaine, les gazelles broutent tranquillement, tout en surveillant les lions. Elles se nourrissent, car elles doivent prendre des forces éventuellement se préparer pour nourrir leurs petits. Mais elles connaissent exactement la distance qu’elles doivent maintenir entre elles et les lions. La distance qui leur assure, par la rapidité de leurs courses d’échapper aux fauves. Certes, l’une ou l’autre d’entre elles, plus faible, périra. Les gazelles peuvent faire confiance à cette connaissance qu’elles ont de leur ennemi. Et les lions n’évoluent pas rapidement au point de courir, soudainement,  plus vite et de faire un carnage parmi elles. Si les choses devaient se passer ainsi et que les lions se mettent à courir plus vite, les gazelles pourvues de gènes capables de leur donner, a elle aussi une plus grande rapidité, rétablirait l’équilibre.

Mais il n’en va pas de même pour les hommes, qui pourvus d’imagination, sont capables d’inventer des moyens de détruire d’autres humains, par des armes ou des idéologies. Les hommes qui choisissent l’ignorance, la paresse et la facilité prennent le risque d’être détruits. Il y a un vieil adage romain qui dit : « si tu veux la paix, prépare la guerre.» Si tu veux la paix, montre-toi redoutable. Celui qui ne comprend pas cela et qui néglige d’envisager l’évolution des évènements se met en danger. L’imagination, basée sur la connaissance, nous aide à prévenir le danger.

L’imagination est à chaque instant dans notre vie. Vous pouvez connaître toutes les règles de la physique, savoir parfaitement conduire votre voiture, connaître le Code de la route et même savoir le détail du chemin que vous voulez emprunter. Au moment où vous serez au volant, vous serez obligés, en fonction du réel, de prévoir, de voir à l’avance ce qui pourrait se passer. Une voiture freine devant vous et met son clignotant ensuite, une autre s’arrête brusquement en double file, diminuant votre vue ou un piéton traverse soudainement, en dehors des passages prévus pour lui. Pour anticiper ces inconvénients, vous avez intérêt à garder une certaine distance avec la voiture qui vous précède et rouler lentement dans les rues bordées de trottoirs où circulent des piétons. Prévoir et anticiper, c’est une activité de l’imagination .

Nous ne sommes en contact avec le réel que par nos sens la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et sur la base de ces perceptions nous construisons une réalité autour de nous, constructions assez souvent pertinentes, mais constructions. Ainsi, il y a, dans mon bureau, sous une fenêtre, un radiateur presque totalement caché par un fauteuil. On aperçoit une très petite partie du radiateur qui se termine dans l’alignement de la fenêtre. N’importe qui, questionné, dira qu’il y a là un radiateur et qu’il est de la largeur de la fenêtre. Ce qui est exact, mais en réalité, la personne ne le voit pas, mais l’imagine.

Enfin l’imagination à une très grande influence sur notre vie sentimentale. L’empathie, la capacité de ressentir les émotions des autres, pour celle-ci les anglophones ont une expression très imagée : « être dans les chaussures de quelqu’un d’autre ». À nouveau, il faut se rappeler que nous n’avons que nos sens pour saisir le monde autour de nous et que nous employons le filtre de notre propre sensibilité pour interpréter le ressenti des autres. Nous imaginons ce qu’ils éprouvent. Mais à nouveau, c’est une représentation, une hypothèse. Nous postulons qu’ils ont la même sensibilité que nous, mais c’est un peu naïf, sinon les escrocs feraient tous faillite. La sagesse est d’écouter notre empathie pour éprouver l’amour, l’amitié, la fraternité et être capable de faire confiance, mais sans être trop crédule et naïf.

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